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Les formes de l’argumentation

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​​Le texte argumentatif est un type de texte dans lequel l’auteur défend un point de vue sur une question ou une polémique à caractère philosophique, politique, scientifique ou social.

Les objectifs et procédés du texte argumentatif

Thème et thèse

Tout texte s’articule autour d’un thème particulier, autrement dit, un sujet dont qu’il traite essentiellement. Néanmoins, le texte argumentatif comprend également une thèse, c’est-à-dire un avis ou une prise de position qu’un locuteur défend.

Il faut donc distinguer le thème de la thèse :

Par exemple, un texte peut traiter du thème de l’Internet, et défendre la thèse selon laquelle Internet constitue un véritable danger pour les jeunes.

Un deuxième exemple ?

Prenons le texte suivant  ( vous pouvez cliquer ici pour y accéder )

Ce texte traite du thème de la santé, et défend la thèse selon laquelle la consommation de la viande rouge est délétère.

Comme le montrent ces exemples, les thèmes peuvent être reformulés par un mot ou un groupe de mots (ici : Internet, Santé), tandis que la thèse peut être reformulée par une phrase verbale (ici :Internet constitue un véritable danger pour les jeunes ( pour le 1er exemple) ).

Maintenant que nous avons idée de ce que signifie la thèse,  la thèse adverse ou antithèse est la thèse opposée à la thèse soutenue par l’auteur.

Pour démontrer sa thèse, l’auteur fait appel à des arguments.

Arguments et exemples

Pour défendre sa thèse, l’auteur du texte utilise des arguments : idées, causes ou références. Il les renforce et les rend plus palpables grâce à des exemples. Les arguments sont les raisons de fond qui sont avancées pour justifier sa thèse et convaincre le lecteur.

Chaque argument principal peut s’accompagner d’arguments secondaires qui précisent l’explication.

Un petit exemple :

On parle beaucoup en ce moment de la robotisation et de la grande opportunité que cela représente pour l’homme.  Les motifs qui vont dans ce sens sont multiples.

D’abord, en inventant des robots , l’homme gagne en sécurité et réduit les risques qu’il encourt au quotidien. Nul doute que des métiers risqués tels que les sapeurs pompiers ou les forces de sécurité spéciales mettent beaucoup de vies en danger pour en sauver d’autres. Grâce aux robots, plusieurs vies peuvent être sauvées, et aucune vie ne sera mise en péril.

 

Convaincre et persuader

Un locuteur qui vise à faire pencher un lecteur à sa thèse peut opter pour l’une des deux voies suivantes :

  • soit le locuteur destine ses arguments à la raison de son destinataire, c’est à dire qu’il tente de le convaincre ;
  • soit il s’adresse aux sentiments du récepteur, nous parlons dans ce cas de persuasion.

Généralement , les textes allient le plus souvent ces deux voies, en joignant la pertinence d’arguments convaincants à un style  persuasif.

L’énonciation dans un texte argumentatif

Puisque l’auteur défend une position, il communique généralement dans le registre du discours plus que dans celui du récit . On trouve donc dans le texte argumentatif :

  • la présence du locuteur : « je », des termes indiquant une évaluation ou/et une vision subjective, des mots mélioratifs ou péjoratifs… ;
  • la présence de l’interlocuteur : l’auteur s’adresse parfois directement au lecteur (pronom « vous »), lui pose des questions, l’interpelle… ;
  • des expressions/interrogations rhétoriques, c’est-à-dire dont la réponse est en quelque sorte contrainte ;
  • le pronom « on » qui offre des possibilités multiples

On trouve également, outre ces indices énonciatifs :

  • des liens logiques de cause, de conséquence, de concession… ;
  • une structure logique, visible en particulier dans l’emploi de paragraphes distincts ;
  • des figures de style : amplification, images… ;
  • un ou plusieurs registres (suivant les intentions de l’auteur) : ironique, satirique, polémique…

Les formes de l’argumentation

L’argumentation peut être directe ou indirecte : elle est dite « indirecte »  lorsque le locuteur emprunte le biais de la fiction pour faire passer sa thèse ou son message.

Les formes directes

  • le pamphlet est un écrit satirique, souvent politique, au ton virulent (Voltaire) ;
  • l’essai est un ouvrage, de forme assez libre, dans lequel l’auteur expose ses opinions (cf. Montaigne, Les Essais) ;
  • le plaidoyer est la défense d’une cause, le réquisitoire est une accusation ;
  • le manifeste est une déclaration écrite, publique et solennelle, dans laquelle un homme, un gouvernement ou un parti expose un programme ou une position (on trouve ainsi des manifestes de groupes d’artistes, autour d’un programme esthétique : cf. Le Manifeste du surréalisme) ;
  • la lettre ouverte est un opuscule souvent polémique, rédigé sous forme de lettre ;
  • la préface est un texte placé en tête d’un ouvrage pour le présenter, en préciser les intentions, développer ses idées générales (Préface de Cromwell, ou encore Préface du Dernier Jour d’un condamné, de Victor Hugo) ;
  • l’éloge, le panégyrique, le dithyrambe sont des textes marquant l’enthousiasme et l’admiration que leur auteur voue à quelque chose ou quelqu’un.

Les formes liées à la presse écrite

Journaux et revues accueillent régulièrement des textes argumentatifs :

  • l’éditorial est un article émanant de la direction du journal. Il engage la responsabilité du rédacteur en chef et de l’ensemble du journal, tout en restant une parole individuelle (celle du journaliste qui le signe) ;
  • le billet d’humeur est une courte chronique où le rédacteur s’adresse en son nom à une ou plusieurs personnes, sur un sujet d’actualité ;
  • un journal peut également publier une lettre ouverte : cf. le célèbre J’accuse, de Zola, paru dans l’Aurore.

Les formes obliques

  • la fable (La Fontaine) ;
  • le conte (Perrault, Le Petit Chaperon rouge) et le conte philosophique (Voltaire, Candide) ;
  • l’apologue (récit souvent bref contenant un enseignement : on voit que les deux premières formes citées appartiennent au genre de l’apologue) ;
  • l’utopie (genre littéraire dans lequel l’auteur imagine un univers idéal, par exemple l’abbaye de Thélème, chez Rabelais) et la contre-utopie (1984, d’Orwell) ;
  • le dialogue (parfois dialogue philosophique, cf. Diderot, ou Sade) ;
  • le théâtre (Marivaux, L’Île des esclaves).

Littérature et argumentation

La liste des genres au travers desquels peut se déployer l’argumentation montre que celle-ci n’est pas réservée aux essais abstraits, aux traités théoriques, ou aux articles. L’argumentation a toujours été liée à la littérature, et en particulier à la fiction. En effet, pour transmettre une idée, pour convaincre et persuader, le style est un auxiliaire extrêmement efficace : la force d’un argument est d’autant plus grande qu’il est exprimé de manière séduisante. Ainsi, on comprend l’intérêt que ceux qui cherchent à étayer une thèse portent à la qualité littéraire de leurs textes. Les Essais de Montaigne, les Pensées de Pascal, les Salons de Diderot, les préfaces de Hugo, etc. sont encore lus aujourd’hui, non seulement en raison des idées et réflexions qu’ils contiennent, mais aussi parce que la force et la beauté de leur écriture nous touchent. Sartre dit que « l’écrivain engagé sait que la parole est action […] Il sait que les mots, comme dit Brice Parrain, sont des “pistolets chargés”. S’il parle, il tire ». Cette citation souligne le pouvoir qu’ont certaines formules – capables de « faire mouche » – d’atteindre ce qui est visé et celui qui est destinataire, et ce pas uniquement dans la littérature dite engagée.

Mais l’argumentation ne se contente pas de réclamer un « style », un talent d’écriture. Elle passe parfois par la fiction, c’est-à-dire que, paradoxalement, elle utilise l’imaginaire afin de soutenir une opinion sur un élément bien réel. Cette association de l’argumentation et de la fiction existe dès les premiers récits fondateurs : dans L’Iliade et L’Odyssée d’Homère, ou encore dans les chansons de geste du Moyen Âge, s’opère une alliance entre le récit d’exploits et l’exaltation de valeurs, de positions, que l’auteur cherche à faire partager à ses auditeurs ou lecteurs. Pourquoi donc ce « détour » par la fiction ? La Fontaine écrit, dans les Fables, à propos de l’apologue :

C’est proprement un charme : il rend l’âme attentive,

Ou plutôt il la tient captive

Selon le fabuliste, la fiction séduit le lecteur, et fonctionne comme un appât : elle ensorcelle par le récit du conte ou de la fable, et la moralité (ou la thèse défendue) devient ainsi plus « digeste ». L’essai peut en effet apparaître comme ardu et rebutant. Un récit au contraire est toujours plaisant par les animaux qu’il met en scène, les dialogues qu’il utilise, etc.


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